Aéronautique dans le Romorantinais : année « catastrophe »

Patron dans l’aéronautique et président d’un réseau de 70 sociétés solognotes, Didier Beninca, est au cœur des turbulences économiques liées au Covid.

Il a pris le manche du Groupement des entreprises de l’arrondissement de Romorantin (Gear) en mars 2019. A la tête de ce réseau de 70 entreprises, dont 70 % dans l’aéronautique, Didier Beninca a donc une fine connaissance du paysage économique solognot. Patron de la société Centrair (1) spécialisée dans la sous-traitance aéronautique, il doit faire face en première ligne aux fortes turbulences économiques engendrées par la crise sanitaire. Pour lui, le tissu industriel solognot « résiste », en dehors de l’aéronautique.

Centrair fabrique des éléments de structure d’avions. La crise sanitaire a frappé de plein fouet l’aéronautique…

Didier Beninca : « Centrair est une société qui faisait 13 millions d’euros de chiffre d’affaires avant la crise qui a touché l’aéronautique. Depuis, elle a perdu près de la moitié de son chiffre d’affaires. J’ai dû lancer un plan de sauvegarde de l’emploi qui s’est traduit par 30 suppressions d’emplois [sur un effectif de 110 salariés avant la crise]. Mais l’entreprise n’est pas en danger pour 2021. On espère que cela redémarrera ».

« En janvier tout allait bien… »

Vous êtes président du Gear. Si on remonte le temps jusqu’au 1er janvier 2020, comment le tissu économique et industriel du bassin de Romorantin se portait-il alors ?

« L’état d’esprit et l’état de santé du tissu économique local étaient plutôt bons. Les entreprises de l’aérodéfense fonctionnaient très bien. Celles dans le secteur de l’aménagement de magasins marchaient bien, de même que celles travaillant dans l’équipement médical. En janvier, tout allait bien, mis à part quelques problèmes de recrutement… »

Quand avez-vous compris que la crise sanitaire aurait des répercussions d’ampleur ?

« En mars, on savait que c’était grave et qu’il fallait faire attention. Mais on pensait tous que, passé l’été, ce serait terminé. Objectivement, on n’imaginait pas un truc pareil… »

Revenons à aujourd’hui : dans quel état se trouve le tissu économique et industriel du bassin de Romorantin en cette fin d’année ?

« La Défense a tenu le coup. Dans le secteur de l’aéronautique, comme moi, c’est une catastrophe : le secteur aéronautique est en danger de mort, pour être clair. On peut considérer que 30 % des sociétés connaissent de très grandes difficultés. Néanmoins, en dehors de l’aéronautique, il y a certes un impact, mais pas de très grandes difficultés. L’automobile se redresse même si on ne sera pas au niveau de 2019. A Romorantin, hors aéronautique, l’industrie a pris l’impact mais résiste. Les outils mis en place, comme le chômage partiel, ont aidé. Je suis inquiet en revanche pour les commerces, les restaurants. Là, il y aura de la casse. »

Quelles leçons les entreprises solognotes doivent-elles tirer de cette crise ?

« Pour l’avenir, il faudra faire attention : il y aura des décisions à prendre. Même si c’est facile à dire quand tout va bien, dépendre à 80 % d’un seul marché [comme l’aéronautique, par exemple], on voit bien ce que cela donne. Il y a également une réflexion à mener sur la notion de taille critique des entreprises. Les grosses résistent mieux que les petites. Les petites boîtes ont des questions à se poser sur la taille critique à atteindre par rapport à leur marché. Cela peut passer par des fusions, des regroupements, des rachats de sociétés. Moi-même, je suis en train de réfléchir sur ce point. Cette réflexion stratégique sur la taille critique peut d’ailleurs être une réponse à l’enjeu de diversification. Il faut mêler des activités fonctionnant à contre-cycle, de manière à ce que si l’une baisse, l’autre soit susceptible de compenser. D’une manière plus globale, il faut ramener le travail et les entreprises en France : on l’a bien vu avec les masques. »

Le groupement des entreprises de l’arrondissement de Romorantin que vous présidez peut-il jouer un rôle dans ce pilotage de l’après-crise ?

« Le groupement des entreprises de l’arrondissement de Romorantin est un outil qui va permettre de centraliser ces réflexions. Nous devons mieux communiquer ensemble. Nous avons tendance à nous regarder en chiens de faïence, on a peur de notre voisin qui est aussi notre concurrent. Dans les autres pays, ce n’est pas le cas. Nous devons travailler ensemble, être plus solidaires, chasser en meute, créer entre nous les réseaux de communication pour que les gens se comprennent mieux, partager les bonnes pratiques. Pour être plus résistants. »

(1) Dont le siège est au Blanc, dans l’Indre.

Source : La Nouvelle République, le 28/12/2020